Passer le flambeau!

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Enseignante de mère en fille : passer le flambeau des sciences!

Mme Sylvie Thorn, enseignante de science au Collège, partira pour une retraite bien méritée à la fin de la présente année scolaire, en juin. Elle aura transmis sa passion des sciences à des centaines d’élèves en carrière, y compris à sa fille Pascale, qui a suivi ses traces et qui est en voie de terminer sa formation universitaire… en enseignement des sciences au secondaire!

Celle qu’on appelle déjà « Mme Thorn 2.0 » a récemment été appelée à combler un remplacement en science pour quelques semaines, ici même au Collège. Ce n’est pas tous les jours qu’une enseignante a le privilège de travailler ainsi aux côtés de sa fille, au sein d’une même école, dans la même discipline! Rencontre avec deux femmes passionnées!

Comment avez-vous réagi lorsque vous avez su que vous deviendrez des collègues pour quelques mois? 

Pascale Thorn-Côté : Lorsqu’on m’a téléphoné pour me proposer cette occasion unique d’un remplacement de quelques semaines, j’ai tout de suite accepté! Ensuite, après avoir raccroché, j’y ai repensé une 2e fois et je me suis dit : est-ce que je veux travailler avec ma mère? 

Sylvie Thorn : J’avais proposé son nom à Mme Leclair [directrice des services pédagogiques au Collège], pour faire de la suppléance au besoin. Dès le lendemain, elle me revenait, car on cherchait quelqu’un pour combler une demande soudaine de remplacement. Moi aussi je me suis posé la question : “est-ce que je veux travailler avec ma fille?” Finalement, c’est fantastique!

Pascale : À l’école on agit plus comme collègues, contrairement à la maison, mais ça reste ma mère!


Comment s’est passée la transition entre votre relation mère-fille à celles de collègues?

Sylvie : À son arrivée, j’étais plus nerveuse qu’elle! Au début, j’avais quelques appréhensions : est-ce qu’elle sera capable de faire ceci, cela? Finalement, elle se débrouille super bien. Dès ses premiers cours, ça a très bien été pour elle.

Pascale : Oui, elle était plus stressée que moi! Personnellement, c’est sans doute grâce au fait qu’elle ait été là que j’ai pu entamer cette expérience en étant moins stressée. Je savais que si j’avais des questions, je pouvais me tourner vers elle pour n’importe quel sujet. C’est vraiment bien d’avoir quelqu’un à qui demander conseil, sans gêne. C’est un peu un maître de stage, sans le stress d’être noté ou évalué. C’est une belle façon de commencer pour moi. Jamais on n’aurait pensé pouvoir vivre cela, enseigner ensemble!


Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi de suivre les traces de votre mère et d’aller en enseignement, et qui plus est, en enseignement des sciences?

Pascale : En fait, ce n’était vraiment pas le plan au début! Quand j’étais adolescente, je ne voulais tellement pas être enseignante, encore moins en sciences! Puis, j’ai commencé à faire du tutorat : j’adorais cela. J’adorais enseigner, transmettre un savoir.

Puis j’ai découvert les sciences par la biologie en 3e secondaire. J’adore la biologie! Tout ce qui est écologie, nature, j’adore ça. Mais jusque là, je n’aimais pas vraiment les sciences. Probablement parce qu’on en parlait beaucoup à la maison et que j’essayais de me distancier un peu de cela.

Sylvie : Elle m’avait dit “Jamais je ne ferai comme toi. Jamais”! (rires).

Pascale : Finalement, en grandissant, je me suis dit que c’est probablement ce que j’allais faire dans la vie. Il y a beaucoup d’autres choses que j’aime, mais l’enseignement, ça me va bien.


Et pourquoi les sciences?

Pascale : J’adore les sciences! La recherche, ce n’était pas quelque chose qui m’intéressait. Transmettre les sciences, pour moi, c’était par contre vraiment important. L’amour des sciences dépend beaucoup de la façon dont on nous les apprend. Je me dis que si on est capable de bien le transmettre, on permettra à d’autres personnes de les aimer aussi. 


Mme Thorn, comment avez-vous réagi quand vous avez compris que Pascale suivrait vos traces ?

Sylvie : J’étais très étonnée, vraiment surprise..! Mais j’étais contente! Bien sûr, au fil des années, elle m’a vue travailler aussi. Souvent je présentais mes cours à mes enfants. Elle intervenait, faisait part de ses opinions, il y avait déjà beaucoup de son intensité. Je voyais cela se développer… J’étais surprise au début, mais c’était évident qu’elle était dans son élément.

 

Et vous Mme Thorn, pourquoi avez-vous choisi l’enseignement, et l’enseignement des sciences?

Sylvie : Moi, j’ai été enseignante beaucoup plus tard dans ma carrière. J’ai commencé en biologie –  j’ai une maîtrise en sciences volet laboratoire – et j’ai travaillé pour Environnement Canada sur le terrain. Je me suis ensuite tournée vers la sensibilisation auprès du public, puis, cela m’a mené à vouloir enseigner.


Qu’est-ce que vous croyez qui vous unit comme enseignantes et qui vous différencie? Qu’est-ce qu’il y aura de commun dans ce que vous proposez à vos élèves?

Pascale : À part notre nom… 

Sylvie : Elle s’appelle Mme Thorn 2.0!!

Pascale : J’ai rarement vu enseigner ma mère. J’ai vu ses présentations à la maison, son matériel, ses examens, mais je ne l’ai pas vraiment vu enseigner. Et adolescente, je refusais qu’elle m’enseigne quoi que ce soit! Je sais par contre que nos notes de cours sont semblables, mais au niveau de l’enseignement, je ne saurais dire.

Sylvie : Moi, je l’ai vu enseigner! Je dirais que c’est dans la manière d’enseigner, d’expliquer, de vouloir faire aimer les sciences. Parce que c’est ardu, bien souvent, et en tentant de rendre cela accessible, avec le désir de bien faire comprendre, de rendre cela dynamique, je trouve qu’on se ressemble beaucoup là-dedans. Pascale entreprendra aussi bientôt un autre projet de stage, en communauté autochtone.  

Pascale : Dans le nord du Québec. Je vise la communauté de Baie-James-Chisasibi. Parce qu’ils ont des projets de serres à l’école et je trouve que l’autonomie alimentaire dans les communautés autochtones, c’est important et je voulais participer et m’impliquer dans ce projet.

Sylvie : J’étais dans le communautaire avant de commencer dans l’enseignement : sensibilisation, aménagement des berges, introduction des poissons dans les rivières, j’étais “terrain”… Je vois qu’elle s’en va aussi un peu vers l’application des sciences dans la vie du quotidien. Je trouve que c’est une voie, une approche formidable pour le futur, pour les jeunes d’apprendre à transférer ces notions, dans du concret. Je la vois se profiler un peu plus là-dedans.

 

Qu’est-ce que vous croyez qui sera différent pour elle dans les défis de sa carrière?

Sylvie : L’ordinateur, les technologies! Personnellement, j’apprends, mais ce n’est pas facile… les Zoom… ouf! Quand j’ai commencé avec mes visios, j’appelais Pascale et je lui disais, “j’ai un problème, je fais quoi!!” (rires) Ici au Collège, les élèves auront bientôt chacun un ordinateur en classe. On va commencer à intégrer de nouvelles choses, il y a plein de trucs qu’on peut faire en science, sauf que je me sens un peu déconnectée par rapport à tout cela. J’ai fait beaucoup d’efforts cette année! Mais Pascale est beaucoup plus avancée, c’est cela qui va beaucoup nous différencier. Toute l’approche des techniques de transmission, de recherche, de partage d’information avec le monde entier. Aussi, elle travaille sur des jeux éducatifs, elle a d’ailleurs eu une bourse pour faire un jeu de sciences!

Pascale : L’enseignement c’est quelque chose que j’aime, que je veux faire, qui fera partie de ma carrière, mais ce n’est pas nécessairement cela que je veux faire toute ma vie. J’ai beaucoup d’ambition et j’aimerais entre autres travailler pour inclure plus de notions concernant l’environnement dans les écoles. J’ai parlé plus tôt des communautés autochtones, je souhaiterais aussi qu’on aborde plus le sujet dans les programmes de formation pour les enseignants. Ça s’en vient, il y aura une compétence à l’Université de Sherbrooke, sur la transposition des savoirs traditionnels, en savoirs scientifiques. Je trouve ça hyper important. J’aimerais beaucoup m’impliquer dans ce domaine, faire une maîtrise. J’ai beaucoup d’idées et d’ambitions, on verra où tout cela mènera!


Mme Thorn, comment souhaitez-vous à Pascale de vivre sa carrière?

Sylvie : On en discute beaucoup, par rapport à tous ses objectifs. Je crois que c’est bien de se poser un peu. Elle va vite, elle veut aller loin et vite! Je lui dis de se poser, d’être prête, d’aller un peu moins vite, mais je pense qu’elle est prête pour expérimenter tout ça.

Pascale : C’est un peu le reflet de nos générations. Je veux que ça aille vite, je veux que ça avance rapidement, la sienne c’est un peu plus, “on va se poser, former la petite famille, avoir la petite maison”… c’est vraiment le reflet de nos générations!

 

Mme Thorn, à l’aube de la retraite, quel bilan faites-vous de votre carrière d’enseignante?

Sylvie : Ça a été fantastique, tout un apprentissage! Quand j’ai décidé d’être enseignante, je n’avais aucune expérience, je me suis lancée! Je suis arrivée dans une école et j’ai dit “Je veux travailler comme enseignante” : on m’a répondu “Il y a des étapes, madame…”!
J’avais une maîtrise en biologie, mais pas en enseignement. Je suis donc retournée à l’université faire ma maîtrise qualifiante. Je vois la fin toute en beauté, j’ai réalisé ce que je voulais faire. C’était mon rêve d’enseigner. J’ai expérimenté ce que je voulais faire. Je suis très contente de mon parcours.


Que croyez-vous que vous laissez à NDL?

Sylvie : L’amour des sciences, je crois.

Pascale : Ton Projet papillons!

Sylvie : Oui! mon Projet papillons*! Ça, je trouve ça dommage de ne pas avoir pas pu le réaliser une dernière fois. Parce que ça fait partie de moi, de mon amour de la biologie, de mes expériences de travail sur le terrain, que j’ai amenées ici et mis en pratique pour mes groupes.


En terminant, si on aborde le sujet des femmes et des sciences, croyez-vous qu’il y a plus de relève, de femmes intéressées, qui se dirigent en science, est-ce encore difficile pour elles?

Pascale : De ce que j’ai observé à l’université, tout ce qui est biologie, biochimie, on trouve plus de femmes. Mais dans les sciences informatiques, en robotique, il y a encore plus d’hommes. Mais j’imagine par rapport à ce que ma mère a vécu, il y en a surement beaucoup plus.

Sylvie : À mon époque, en biologie, il y en avait beaucoup, oui, mais ça s’arrêtait au baccalauréat. Pour la maîtrise, très peu de femmes s’y rendaient. Moi, j’étais la seule de ma cohorte. Il n’y avait pas de femmes qui dépassaient le baccalauréat. Il fallait défoncer les portes pour aller en maîtrise avec des sciences, des sciences appliquées, des sciences expérimentales. Il n’y avait presque pas de femmes. J’imagine qu’il y en a plus de nos jours. 

Depuis que j’ai commencé, tant dans l’éducation populaire qu’en classe, pour moi, c’est important que les filles aiment faire des sciences et qu’elles ne se sentent pas moins capables ou que les garçons. Ça leur appartient aussi. Je mets beaucoup d’efforts pour ça.


Manifestement, vous avez réussi, et ce, même au sein de votre famille!

Félicitations, Mme Thorn, pour cette belle et riche carrière, vous aurez été un beau modèle!
On souhaite la meilleure des chances à Mme Thorn-Côté, la Mme Thorn 2.0, et on lui souhaite une longue carrière à la hauteur de toutes ses idées, son énergie et ses ambitions!


*Chaque année, les élèves de 2e secondaire du cours de sciences de Mme Thorn travaillent pendant plusieurs semaines sur le “Projet papillons”. Les élèves créent de magnifiques volières à papillons dans lesquelles ils déposent des chrysalides, après avoir observé et analysé l’évolution de leurs chenilles. Ils distribuent ensuite les volières partout dans l’école et les papillons finissent par naître aux 4 coins du Collège dans leurs colorés habitats temporaires. Ils sont finalement libérés tous ensemble lors d’une grande envolée au printemps!



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